Mossoul, point sur les déplacements de population

mercredi 2 novembre 2016

Par François Dupaquier

Aujourd’hui 17.520 personnes se sont déplacées suite à la bataille de Mossoul, jusque à 1 million sont attendues et 1.5 millions de civils pourraient avoir besoin d’assistance humanitaire[1].

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Préparation de la bataille de Mossoul

Les autorités irakiennes ont planifié le déplacement maximum d’1 million de personnes dont 700 000 ayant besoin de trouver un abri.

4 zones d’accueil ont été prédéterminées. La première dite“quadrant one” se prépare à 100 000 arrivées sur Erbil et Soulaymaniyah. Le“quadrant two” au nord du gouvernorat de Ninewah attend 250 000 déplacés. Dans le “quadrant three”à l’est de Ninewah, le nombre de PDIs (personnes déplacées internes) n’a pas été déterminé. Enfin dans le“quadrant four”, au sud de Ninewah et dans le Salah al Din, on se prépare à un afflux de 350 000 personnes.

Les autorités militaires ont aussi confirmé leur stratégie de contrôle des mouvements de population civile. Dans Mossoul il s’agit de déplacer les populations des zones non sures vers des zones sécurisées. Les civils fuyant la ville auront accès à des zones de regroupement derrière la ligne de contrôle. Puis ces déplacés seront transférés en camion vers des sites de sécurité où ils seront contrôlés et où les familles recevront une assistance immédiate de première nécessité. Ils seront ensuite transportés vers des camps ou des zones de regroupements spontanés.

L’assistance est planifiée de façon coordonnée entre les autorités du Kurdistan irakien (KRG), le ministère irakien des migrations et déplacements (MoMD) et les acteurs de l’aide humanitaire, ONG et agences des nations Unies principalement.

Données actualisées au 27 octobre 2016 [2]

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Au 02 octobre 2016 moins de 20 000 personnes se sont déplacées principalement vers le sud et l’est de Mossoul. 51% des PDIs se réfugient dans des camps formels quand les autres sont accueillis dans des familles d’accueil. Leur fuite se fait dans des conditions très dangereuses car ils peuvent être pris pour cible par les belligérants et ils risquent de se retrouver sous le feu des combats dans des zones totalement minées.

Les déplacés emportent très peu d’effets personnels et se retrouvent dans une dépendance extrême à l’assistance humanitaire. La tactique de la terre brulée des combattants d’ISIS lors de leur retraite se traduit par la pose massive de mines et de pièges explosifs mais aussi par des destructions systématiques et fait redouter un retour limité des déplacés vers leur lieu d’origine à la fin des combats.

Depuis le début de la guerre 19 puits de pétrole ont été incendiées et une usine de traitement d’eau endommagée provoquant une fuite de gaz de chlore. L’incendie d’une usine de souffre, bien qu’étant éteint à 90%, continue à poser des problèmes de santé. Plus de 1 000 personnes ont ainsi été traitées pour des problèmes respiratoires dues à l’inhalation de gaz toxiques. L’impact sur l’environnement risque d’être durable et d’avoir des conséquences importantes sur la santé.

L’accès aux populations est un challenge immense. Une très grande incertitude règne sur la capacité des habitants de Mossoul à emprunter les corridors d’évacuation planifiés par les armées et ainsi atteindre les zones d’accueil prévues dans le plan de contingence humanitaire à la bataille de Mossoul. La population est prise en otage et sert aujourd’hui de bouclier humain comme en témoigne le massacre de 232 personnes par l’Etat Islamique le 26 octobre dernier. Bien que seuls certains faubourgs et villages entourant Mossoul aient été repris au main du groupe djihadiste, au 29 octobre 2016, seulement 17 520 personnes avaient pu fuir Mossoul pour se réfugier derrière la ligne de front. 8 000 familles des villages avoisinants Mossoul auraient également été déplacées vers le centre de la ville et pris en otage par Daesh pour protéger des cibles stratégiques. L’enclavement des habitants de Mossoul et de ses environs est terrible alors qu’ils sont encerclés par diverses armées (Peshmergas, Forces de Sécurité Irakiennes, milices chiites, coalition internationale etc.) qui représenteraient une force de plus de 40 000 soldats déployés au sol. De plus le minage massif et permanent par ISIS du terrain laissé derrière eux fait craindre une campagne longue et meurtrière pour les combattants comme pour les populations civiles.

[1] Source : OCHA Situation report n°3

[2] Source : IOM tracking matrix